A film by Michal Kosakowski

‘ZERO KILLED’ REVIEW+INTERVIEW @ FANTASTIC MOVIES (IN FRENCH)

by Gaetan Cala | Fantastic Movies, Aug 27, 2013

Critique:

Projet étonnant, déroutant même,… La première conclusion qu’on en tire, c’est que tout un chacun est capable du pire,… Nous vivons dans une société violente, à plusieurs égards, et ce film nous le prouve. Sous forme de documentaire, le film nous plonge dans la violence de tout un chacun. La violence que nous pouvons tous éprouver. Mais si, vous savez,… quand on est à la Poste en train de faire la queue, par exemple. Mais le film ne s’arrête pas là, il aborde d’autres sujets de fond tels que la peine de mort, la torture, la violence faite aux enfants,… D’un sujet qui peut paraître, non pas anodin, mais simple, il y apporte beaucoup de nuances, sans jamais tomber dans les clichés, et ni juger ses intervenants. Le propre d’un documentaire. Michal Kosakowski nous amène là où il voulait nous amener avec beaucoup de pudeur: nous faire réfléchir à la violence au quotidien, celle qui nous entoure, visible, mais également celle qui se cache. Etant fan de documentaire, je ne peux que conseiller de voir celui-ci qui est très bien réalisé, et qui vous permettra d’avoir de longs débats avec vos amis.

Note: 16/20

Interview du réalisateur et scénariste: Michal Kosakowski

Fantasticmovies: Pouvez-vous vous présenter auprès des lecteurs de Fantasticmovies?
 
Michal Kosakowski: Bonjour, je m’appelle Michal Kosakowski. Depuis ces 20 dernières années, j’ai réalisé et produit des courts et longs métrages, des films de fiction, ainsi que des documentaires. Avec ma maison de production, KOSAKOWSKI FILMS, je me suis concentré sur les idées et histoires qui étaient fortes et controversées dans leur contenu, ayant une unique vision et un langage artistique. Il y a aussi des sujets qui flirtent avec le côté sombre de la réalité humaine et sa monstruosité. J’ai également souvent joué avec la perception des images et leur complexité dans le paysage médiatique de nos jours.
 
Fantasticmovies: Quelles sont vos influences en tant que réalisateur?
 
M.K.: Je suis né en Pologne, et j’y ai grandi pendant la période communiste. Mon accès aux westerns, ou plus généralement, l’accès aux média était très limité. Ma première approche de l’horreur fut une des rares présentations du vidéoclip de Michaël Jackson « Thriller » quand il était diffusé, tard le soir, à la télévision polonaise. J’ai immédiatement été happé par le « fantastique », et par certaines illustrations de la violence dans ce clip. Je voulais faire des clips de ce genre, par moi-même. Mais cela passait après ma famille, et lorsque j’ai déménagé en Autriche dans les années 80, j’y ai découvert une vidéothèque, ce qui était complètement nouveau pour moi. J’étais ravi d’avoir cet immense rayonnage de vidéos que je pouvais moi-même choisir et regarder quand cela me plaisait.
C’est à ce moment que mon père acheta sa première caméra VHS-C. Je me suis immédiatement mis à utiliser cet outil qui remplissait mes fantaisies visuelles et les idées dont je rêvais sans cesse.
J’étais inspiré par beaucoup de films et réalisateurs qui m’impressionnaient à cette époque: Koyaanisqatsi par Godfrey Reggio, A short film about Killing par Krzysztof Kieslowski, Possession par Andrzej Zulawski and films par Werner Herzog, Alejandro Jodorowsky, Lars von Trier.
 
Fantasticmovies: Comment le projet est-il né?
 
M.K.: Après avoir expérimenté, durant le régime communiste en Pologne, spécialement pendant l’état de guerre entre 1981 et 1983, où j’ai été témoin de la réelle violence dans les rues, et comment des gens normaux pouvaient facilement devenir des monstres, je me suis demandé ce qu’il en était des personnes « normales » de la rue, et si je leur demandais leurs propres fantaisies de violence. Après ce dont je fus témoin, je pensais que n’importe qui pouvait être un tueur potentiel dans certaines circonstances ou à tout le moins, pouvait penser à un scénario de meurtre.
Donc, j’en suis venu à cette théorie/conclusion : si les gens normaux fantasment à propos de leur propre abîme, ou complotent pour se débarrasser de quelqu’un, ces personnes sont les mieux placées pour être les acteurs de leur monde et pour jouer leurs propres fantasmes de crimes.
 
Fantasticmovies: Comment avez-vous choisi les personnes qui ont joué dans ce documentaire?
 
M.K.: Afin de trouver des gens qui me raconteraient leurs fantasmes de meurtre, j’ai commencé par demander à mes amis.
J’avais raconté à ces amis mon idée pour le film – et probablement parce qu’ils me connaissaient, et par ma façon d’aborder ce type de sujets – une conversation s’est développée, et plus tu connais une personne, au plus elle s’ouvre à toi. Et j’ai ainsi réussi à obtenir des gens qu’ils s’exposent, et je pouvais lire à travers eux.
Plus tard, les gens venaient d’eux-mêmes après avoir entendu parler de mon projet. Ils étaient intéressés et se présentaient à moi, j’ai donc pu aussi les interviewer. Bien sûr, il était important pour moi de savoir – bien que vous ne soyez jamais sûr à 100%, mais au moins avoir la conviction profonde – qu’ils n’étaient pas des criminels. C’était la partie la plus excitante. Le but de tout le projet était de savoir si des non criminels pouvaient aussi avoir ce type de fantasmes. Et pour 99%, c’était vrai. Vous n’avez qu’à poser les bonnes questions, sonder la population en la matière pour atteindre les plus intimes et plus mystérieux coins de leur esprit. Après fait le premier court métrage sur un fantasme de meurtre, j’ai pensé : « Il doit y avoir des gens qui peuvent me dire tellement de choses, qui peuvent me confier leurs peurs et je pourrais en faire des courts métrages. » Pas seulement les peurs, mais aussi des idées ou souhaits de choses qu’ils ont toujours voulu faire.
 
Fantasticmovies: Avez-vous été surpris ou choqué par certaines personnes et leurs fantasmes de meurtres?
 
M.K.: En fait, je n’étais pas perturbé ou choqué par leurs fantasmes de meurtre. Mais dans la seconde partie du projet, lorsque je rencontrais presque tous les participants après presque 10 ans, je leur ai posé des questions telles que « Si quelqu’un tuait une personne que vous aimez, comment vous sentiriez vous par rapport à ça? », « La torture devrait-elle être légalisée? » « Comment définiriez-vous le bien et le mal? », « Les soldats sont-ils des meurtriers? », « Quelles sont les causes des catastrophes? », « Êtes-vous pour ou contre la peine de mort? ». Dans bien des cas, les réponses étaient bien plus effrayantes que leurs fantasmes de meurtre.
 
Fantasticmovies: Avez-vous refusé d’en filmer certains?
 
M.K.: Non, je n’ai pas refusé de filmer, mais il y avaient aussi des personnes qui ne voulaient pas participer – à qui je demandais et qui disaient : non, je n’y prendrai pas part. Et c’était probablement les personnes les plus dangereuses parce qu’ils avaient construit une barrière devant eux et devant moi, et qu’ils ne voulaient pas que je vois à travers eux. C’était très passionnant, et je dirais que les personnes qui ont participé sont les personnes les plus pacifiques du monde, elles ne toucheraient pas un cheveu sur la tête de qui que ce soit.
 
Fantasticmovies: Combien de temps cela vous a pris pour faire ce film?
 
M.K.: Le projet dans son ensemble avait 2 phases:
 
Phase 1 – Fortynine Installation vidéo – 1996-2007
 
C’était un cube-miroirs de 5x4x3 mètres dans lequel vous pouviez entrer et regarder 49 courts métrages sur les fantasmes de meurtre simultanément, lesquels étaient projetés sur un écran et reflété dans l’infini à travers les miroirs.
 
Phase 2 – Zero killed Le film – 2008-2011
 
Cela m’a donc pris,… 16 ans!
 
Fantasticmovies: Avez-vous des anecdotes à propos du tournage?

M.K.: Quand je me rappelle de cette époque, quand nous tournions les courts métrages, nous avions souvent des problèmes avec la police. Beaucoup de ces films étaient tournés comme « guerillas » et « documentaires » – du style avec la caméra à l’épaule, nous n’étions donc pas beaucoup sur le plateau et la plupart des scènes étaient faites en une prise, parfois dehors dans un cimetière ou dans un parking abandonné. Et une fois, cela s’est passé avec une scène de tirs et de tueries, les passants ont cru qu’il s’agissait d’un vrai crime, et quelques minutes plus tard la police était sur le plateau. Et bien, heureusement, j’ai réussi à les convaincre qu’aucun crime était en cours.
Une autre anecdote: Il y avait cette scène dans laquelle Tamas insérait une serviette de cuisine dans la bouche de sa victime (Nick). Nous n’avions pas répété, et nous avons commencé à tourner tout de suite. Tamas était enragé et l’inséra dans la gorge de Nick. Tamas pensait que Nick était en train de jouer et il ne pouvait pas bouger car il était attaché dans un plâtre. Nick a presque étouffé jusqu’à la mort à cause de la serviette parce que Tamas l’inséra jusqu’au fond de sa gorge.

Fantasticmovies: Quelques commentaires en guise de conclusion:

M.K.: Je dirais que Zero Killed est à la fois un documentaire et un film d’horreur. Un film d’horreur dans le sens du genre de film qui montre des images violentes – d’un autre côté ces images sont directement le reflet des protagonistes eux-mêmes, dans leurs videos d’interview. C’était un point intéressant quand le film a été projeté dans les festivals : le film a été projeté et dans les festivals de documentaires avec un point de vue anthropologique et aux festivals de films d’horreur. Cela signifie qu’il y avait deux types de publics qui pourraient ne jamais se côtoyer. J’ai trouvé cela très passionnant à propos de ce projet parce qu’il fait appel à tant de groupes différents.

Read the review on fantasticmovies.skynetblogs.be

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